Al-Ula redécouverte à l’Institut du Monde Arabe

Vue sur la vallée d’Al-Ula, 2012, Wikimedia Commons, photographie: Sammy Six
L’Institut du Monde Arabe dévoile une exposition majestueuse. À grands renforts de moyens, elle nous fait voyager dans la vallée plurimillénaire d’Al-Ula, au Nord-Ouest de l’Arabie Saoudite.
Visage de statue, Sanctuaire de Dadan, al-Ulâ, Arabie Saoudite, Vè-Ier siècle avant J.C.

Un carrefour des civilisations

Imaginez un décor de péplum, grandiosement filmé du ciel par Arthus-Bertrand. Des massifs rocheux se dressent sur les étendues désertiques, véritables nuages de pierre sur lesquels sont creusés des sépultures monumentales. Nous sommes à Hégra, (l’actuelle Madâin Sâlih), l’un des trois sites antiques de la vallée d’Al-Ula. Ce n’est pas un hasard si ses façades sculptées évoquent celles de Pétra en Jordanie : elles sont dues à la même civilisation, les Nabathéens, venus y agrandir leur territoire au Ier siècle avant notre ère, avant l’annexion pacifique par les romains au IIème siècle.  

36 ex-voto fragmentaires, sanctuaire d’Umm Daraj, al-Ulâ, Arabie saoudite, Ve-Ier siècle av. J.C., grès rouge

Avant eux, d’autres peuples ont habité cette région. La ville de Dadan (Al-Khuraybah) toute proche fut la capitale des Dadanites (du VIIème au Vème siècle av. JC), avant d’être occupée par les Lihyânites (du Vème au Ier siècle av. JC). Et quelques 300 000 ans plus tôt, à l’ère Paléolithique, l’homme était déjà passé par là, migrant depuis l’Afrique. Les traces de ces occupation successives se retrouvent entremêlées à Al-Ula. Les plus mystérieuses sont peut-être les cairns de pierre ou les « tombes à traines » dont les lignes de pierre sont clairement visibles du ciel.

Le site possède des nappes phréatiques importantes.

Des instruments de puisage d’eau y ont été retrouvés.

Un point de passage du Moyen-Orient

Charles-Théodore Frère (1814-1888), Caravane traversant le désert, 1883, peinture à l’huile.

Cette vallée traversant les montagnes du Hedjaz a toujours été un point de passage important, station sur la Route de l’encens, puis route de pèlerinage vers La Mecque et Médine. Au XXème siècle, Al-Ula est traversée par le fameux chemin de fer du Hedjaz, que l’Empire Ottoman avait fait construire pour relier Damas à Médine et ainsi mieux contrôler l’Arabie. C’est donc le chemin que prit Lawrence d’Arabie, à la tête de la révolte arabe, lors de la 1ère guerre mondiale. L’exposition à l’Institut du Monde Arabe se veut autant pédagogique qu’esthétique. Elle a le mérite d’expliquer avec précision l’intérêt historique du lieu tout en révélant sa beauté par de nombreux dispositifs vidéo.

Le chemin de fer du Hedjaz reliait Damas à Médine

de 1908 à 1918.

Un joyau de la couronne saoudienne

Mythique à bien des égards, le site a pourtant été préservé des pillages. L’interdit que prononce Mahomet en 630 contre cette région hérétique l’a plongé dans l’oubli pour des siècles, tout en la protégeant paradoxalement des destructions humaines. Exploré par Charles Doughty (Travels in Arabia Deserta, 1888), puis par des moines dominicains entre 1907 et 1910, le lieu est délaissé par les saoudiens jusqu’à récemment.

Photographies prises par Raphael Savignac (1874-1951) lors de son exploration d’Al-Ula en 1909.

C’est une toute autre attitude qu’adopte Mohamed Ben Salman, conscient du potentiel incroyable de ce site pour la transition de son économie. Le prince héritier souhaite en faire un haut lieu touristique, accueillant 1 millions de visiteurs d’ici 3 à 5 ans, et il n’hésite pas à mettre les moyens nécessaires pour y parvenir : création d’une Commission royale pour AlUla, partenariat avec l’Agence française pour le développement d’AlUla (Afalula), le projet prend une ampleur internationale et s’étend jusque dans les salles de l’Institut du Monde Arabe. C’est donc une exposition frisant la propagande que l’IMA présente jusqu’au 19 janvier 2020, ce qui n’efface en rien l’expertise scientifique et la créativité muséographique déployés.


Samuel Landée

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