Christo et Jeanne-Claude, Paris ! L’expo-hommage au Centre Pompidou

Christo, Empaquetage, 1960, tissu, ficelle, cordeau et divers objets, montés sur velour tendu sur panneau avec cadre doré.
Alors que sa partenaire Jeanne-Claude s’était éteinte en 2009, Christo Javacheff vient de nous quitter cette année. Christo c’était quoi ? des monuments emballés ? bien plus que cela : c’était avant tout une histoire d’amour romanesque et des aventures artistiques qui ont marqué leur temps. Le Centre Pompidou nous en raconte les chapitres parisiens avec cette expo-hommage à voir jusqu’au 19 octobre 2020.
“Surface d’empaquetage” (détail), 1959, peinture, laque et sable, sur papier monté sur panneau., collection de l’artiste

L’exposition, en deux parties, couvre d’abord les années 1958 à 1964, période parisienne où Christo pose son vocabulaire formel puis réalise ses premiers grands projets avec Jeanne-Claude. C’est pour fuir la dictature communiste de sa Bulgarie natale, mais aussi pour s’affranchir de la peinture réaliste-socialiste enseignée aux Beaux-Arts de Sofia, qu’il gagne la Ville Lumière en 1958. S’il portraiture la haute société parisienne pour gagner sa vie, ce sont ses expérimentations en parallèle qui le mèneront vers son style caractéristique. Dès le départ, les plis et les textures accidentées le fascinent : il commence à emballer de petits objets, comme des bouteilles ou des canettes, dont il solidifie le plissé avec de la laque. Ces premières œuvres emballées sont souvent enduites de sable, évoquant des objets poussiéreux oubliés. Leurs ombres sont accentuées avec de la peinture sombre, comme pour renforcer le contraste anguleux des formes. Les canettes emballées dégagent une certaine nostalgie, on les imagine exhumées d’une tranchée ou de ruines. Des objets du quotidien qui deviennent les reliques d’un temps passé. L’impression d’observer des sculptures en bronze est renforcée par l’aspect métallique du tissu laqué, ce qui ne manque pas de rappeler les sculptures compressées de César, déjà célèbre à la fin des années 1950.

Dans ses séries de « Surface d’empaquetage », Christo réutilise le papier qui a servi à emballer des objets et le met à plat, mettant en valeur graphiquement les réseaux de lignes tracées par les ficelles. Les contrastes violents renforcent l’aspect accidenté des textures, créant des tableaux topographiques, comme sur la série de « Cratères » quasi-lunaires de 1959.

Série de “Cratères” de 1959, peinture émaillée, peinture à la colle, sable et métal sur panneaux, collection de l’artiste.

Dans les années 1960, les objets empaquetés deviennent de plus en plus gros : véhicules, sculptures et même humains emballés lors de performances. Christo adopte le polyéthylène pour son aspect brillant et translucide. Emballer est un moyen de mettre en valeur la forme de la chose cachée. Le travail de Christo renferme un érotisme créé par l’absence de l’objet montré. Son esthétique est là pour renforcer cette sensualité de la forme. Les passages complexes de la corde viennent souligner les creux et exagérer les saillances, comme dans la pratique japonaise du shibari, ou le bondage érigé en art du nœud.

Purple Store Front, 1964.

Les mystérieux « packages » au contraire ne laissent rien percevoir de l’intérieur. Un mystère entoure l’identité de ces masses indéterminées. Même envie de savoir, envie de voir ce qu’il y a derrière les « Store fronts », installations de vitrines recouvertes de draps blancs. On perçoit déjà l’intérêt de Christo pour l’architecture qui marquera la suite de leur carrière.

Photographies de Wolfgang Volz documentant les étapes du projet du Pont-Neuf.

La deuxième partie de l’exposition se concentre sur une œuvre monumentale qui a marqué brièvement le paysage parisien : l’emballage du Pont-Neuf. On peut notamment visionner dans son intégralité le documentaire d’Albert et David Maysles qui ont suivi Christo et Jeanne-Claude pendant les péripéties de ce projet. On y voit le couple naviguer dans les méandres politiques et médiatiques pour convaincre les parisiens d’accepter cette œuvre d’une ampleur pharaonique. L’incompréhension est patente chez les riverains : nous sommes au tournant des années 1980, où l’art dans l’espace public n’est pas encore marqué par l’audace Mitterrandienne.

Le Pont-Neuf empaqueté (Projet pour Paris), Maquette, 1981-1991, bois, tissu, mousse synthétique, Plexiglas, agrafes, colle.

Le couple y dévoile aussi une partie son intimité et l’écart qui les séparait lors de leur rencontre : « – Il était un réfugié bulgare – Elle était la fille du général ». Christo et Jeanne-Claude ironisent sur leurs origines sociales diamétralement opposées, facteur de fascination pour la fille de bonne famille qu’était Jeanne-Claude Denat de Guillebon. L’exposition qui raconte cette romance parisienne digne d’un conte de fée, se termine en majesté avec l’aboutissement du projet du Pont-Neuf. Le parcours du couple continuera à New-York, puis dans le monde entier, avant un ultime projet qui se concrétisera à titre posthume fin 2021 : l’emballage de l’Arc de Triomphe.

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