Koyama Toshitaka 小 山 俊 孝

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Koyama Toshitaka, photographie noir et blanc, courtesy de l’artiste.

A lire son nom, rien ne laisse deviner que Koyama Toshitaka (小 山 俊 孝) est un jeune photographe originaire de Kaohsiung, au Sud de Taïwan. Un regard sur son travail et la question se fait plus pressante encore: Toshitaka est-il un artiste japonais ? « Non, précise-t-il, j’ai de la famille au Japon et cet univers m’inspire, mais ce n’est pas contradictoire avec l’identité taïwanaise ». Et justement Taïwan, cette île au large de la Chine, possède une histoire commune avec le Pays du Soleil Levant qui l’a colonisé autrefois. En résulte une nation à la culture hybride, sinisée autant que japonisante et métissée d’influences aborigènes, dont Koyama Toshitaka est le produit.

Dans un bar de Taipei, Koyama s’assoit face à moi, calme, lisse, serein. Avec une reconnaissance mêlée d’une gêne de circonstance, il m’écoute en silence le questionner sur son travail:

L.T.d.A.- « Tes premières études ne sont pas en lien direct avec ton activité de Photographe d’aujourd’hui. Ton diplôme de Langues Appliquées obtenu en 2005, une erreur de jeunesse ? »

K.T.- « à l’époque, un peu perdu, j’avais déjà cette attirance pour la langue japonaise – c’était la spécialité de mon cursus – et puis, mes parents étaient plutôt réticents à voir leur fils devenir artiste. En fait la photographie est venue après, quand j’ai commencé à prendre au hasard les rues de Kaohsiung. »

Koyama Toshitaka, photographie noir et blanc, courtesy de l'artiste.

Koyama Toshitaka, photographie noir et blanc, courtesy de l’artiste.

L.T.d.A.- « Et puis soudainement, tu t’installes à Penghu, cet îlot de nature, loin de tout. Un peu jeune pour une retraite spirituelle, non ? »

K.T.- « Je venais de commencer la photo, un nouvel univers s’offrait à moi et j’avais besoin d’y réfléchir. Ce séjour m’a fait mûrir et j’ai appris à observer. Isolé des hommes, je me suis tourné vers les clichés abstraits. En photographiant les murs de Kaoshiung, en évitant les portraits et les paysages, c’est la plasticité qui m’intéresse, pas l’image en tant que telle. »

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Koyama Toshitaka, photographie couleur, courtesy de l’artiste.

 […] si tu regardes des murs souillés de beaucoup de taches, ou faits de pierres multicolores, avec l’idée d’imaginer quelque scène, tu y trouveras l’analogie de paysages au décor de montagnes, rivières, rochers, arbres, plaines, larges vallées et collines de toute sorte. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures aux gestes vifs et d’étranges visages et costumes et une infinité de choses.

Léonard de Vinci

Koyama Toshitaka, photographie couleur, courtesy de l’artiste

Sans avoir lu le Traité de la Peinture, Koyama applique le conseil de Léonard de Vinci, observant les surfaces rouillées ou salies du Sud de Taïwan. Il appuie sur le déclencheur puis s’arrête là. le cliché se suffit à lui-même, évoquant tantôt une encre chinoise, tantôt une toile de Soulages. à ce moment là, Quand Koyama s’efface devant son sujet, c’est un peu à son esprit chinois qu’il rend hommage: il suit la voie du Tao, celle du non-agir.

Koyama peinture chinoise

Koyama Toshitaka, photographie noir et blanc, courtesy de l’artiste

L.T.d.A.- « C’est frappant, sur certaines de tes photos j’ai l’impression de voir une peinture chinoise. »

K.T.- « J’ai récemment redécouvert les chefs-d’œuvre chinois et j’y ai vu des analogies avec mon travail. La peinture classique soulève des questions communes à mes recherches plastiques. »

L.T.d.A.- « Pourtant ce sont les artistes modernes occidentaux que tu cites sans cesse. Devant l’une des photos tu as évoqué Klein, par exemple. »

K.T.- « Je voulais retrouver la profondeur du Bleu Klein, c’est une couleur qui me fascine. Et puis c’est à Soulages que je pense quand j’explore les couleurs plus sombres encore. Sinon Rothko est aussi une source d’inspiration.

Mais il n’y a pas que les artistes occidentaux qui m’inspirent. Tu disais plus tôt que mon travail était très japonisant, eh bien Shoji Ueda est un de mes modèles. s’il effectuait plutôt des portraits, je garde à l’esprit son sens de la composition. »

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Koyama Toshitaka, photographie couleur, courtesy de l’artiste

Loin du clinquant, Koyama Toshitaka trace un discret sillon dans la Photographie taïwanaise – n’oubliant pas de s’arrêter devant les murs, ses silencieux sujets.

Exposition à venir en Novembre à la galerie Le Tour de l’Art, chez Franscoop, 47 rue Servan, Paris 11e.

Samuel Landée

 

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