Les feel-good paintings de Fiona Rae

Fiona Rae devant une toile de la série “Abstracts” à la galerie Nathalie Obadia.
Jusqu’au 7 mars, Fiona Rae « retourne à la beauté de l’abstraction » à la galerie Nathalie Obadia. Une série de peintures à l’optimisme exacerbé.
Détail, série “Abstracts”, huile et acrylique sur toile, 2019.

C’est une histoire d’un quart de siècle qui unit l’artiste anglaise Fiona Rae à la galeriste Nathalie Obadia. Six expositions ont vu évoluer sa peinture au gré des humeurs du moment. Car tout part de l’émotion chez Fiona Rae, du mood. Des débuts tourmentés, où elle présentait en 1998 Evil Dead – titre évocateur – jusqu’aux peintures débordantes de vivacité d’aujourd’hui, le changement d’ambiance est radical.

Détail de “Evil Dead”, peinture de 1998.
Série “Abstracts”, huile et acrylique sur toile, 2019.

Cette nouvelle série intitulée « Abstracts » est dans l’évitement total de toute figuration. De la joie pure, sous forme d’acrylique et d’huile apposées sur des surfaces immaculées, laissant vibrer la couleur. Des cheminements de pinceau dépourvus de tous contexte, formant des rêveries kandinsquiesques. Le noir est banni, les couleurs vives nous explosent presque à la figure dans un élan d’optimisme.

On peut observer les dessins préparatoires qui ont servi de modèles aux grandes peintures. La structure se retrouve, mais l’improvisation n’est pas absente.

Ceux qui souhaitent se raccrocher à quelque réalité pourront trouver des analogies avec les herbiers et planches de biologie du XIXème siècle. Mais c’est plutôt à l’Est que l’artiste a puisé son inspiration, du côté des jeux vidéo et de l’animation japonaise. Et en effet, les nombreuses sinuosités du pinceau pourraient évoquer les multiples transformations des personnages de Miyasaki.

Devant ces toiles psychédéliques de plusieurs mètres de haut, nous sommes comme face au Jardin des délices d’un Jérôme Bosch sous ecstasy. Il suffit d’observer ces œuvres pour comprendre – ou ressentir – la positive attitude, cet esprit du temps qui nous enjoint au bonheur. Car c’est cette joie radicale, sans compromis qu’a sciemment voulu exprimer Fiona Rae. L’œil vagabonde au fil de parcours doucement fléchés, il glisse sur les traces d’un large pinceau qui serpente sur la toile. Où nous mène-t-il ? nulle part, il nous perd, nous sème et nous fait oublier le temps. Une méditation visuelle, une symphonie sans queue ni tête, lyrique et lumineuse.

Détail, série “Abstracts”, huile et acrylique sur toile, 2019.

Samuel Landée

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