Déjà, les deux œuvres exposées l’automne dernier au salon « Variation » nous avaient donné un avant-gout de ses réflexions philosophiques dans un style on ne peut plus minimaliste. Le Temps, tel était le sujet de cette vidéo projetée, où l’aiguille d’une horloge se fragmente à chaque seconde. L’artiste y présentait aussi l’installation « 60′ », alignement de mécanismes animant des trotteuses en décalage les une avec les autres. Le spectateur peut y voir un ballet abstrait, mais les objets que Lyes Hammadouche utilise sont bien concrets.

Avec cette nouvelle exposition au Collège des Bernardins, l’artiste exploite une fois de plus le contraste philosophique/technique, ou concret/spirituel. car le lieu en soi n’est pas neutre. C’est un espace d’origine religieuse, reconverti en « Espace de dialogue entre l’Eglise et la société ». Ici, point de prosélytisme, le but est d’engager une réflexion sur l’humain, la société, la spiritualité (à travers des colloques, des expositions, des concerts…). « le Collège des Bernardins est ouvert à tous » disent-ils, et encore plus aux artistes émergents ! Ils sont accueillis à bras ouverts pour présenter leurs œuvres dans un espace réservé. Lyes Hammadouche par exemple a eu carte blanche pour investir la sacristie qui a pris des airs de labo de la Nasa: en partant de la physique et de la technologie il en arrive à des questions métaphysiques. L’hypnose, le cycle, les états modifiés de conscience: quelques thèmes que Lyes Hammadouche aborde dans le teaser de l’expo:
Vieilles pierres et technologie

Comme le suggère le titre de l’exposition, « Tout est parti d’une colonne ». Les colonnes écrasantes de la sacristie ont été le point de départ de Lyes Hammadouche. Leur crénelage lui a rappelé celui d’engrenages, d’où l’oeuvre « Les développantes du cercle » qu’il a réalisé in-situ, et qui représente une série de mécanismes géants.
Cycles sans fin
Mais le fil rouge s’il en faut un, c’est le cercle. C’est en effet la forme qu’il privilégie pour « 60x60x24 cm », une roue renfermant un paysage de sable entre deux plaques de verre. La roue tourne et le sable glisse lentement, comme dans un éternel sablier. La vidéo qui suit, issue du site de l’artiste, vaudra mieux qu’un long discours:
Sonorités mystiques

Circulaire, « Murmure de miroirs » l’est aussi. Un tourne-disque cosmique: ici, le disque est remplacé par un miroir qui n’est pas lu mais gravé par le diamant qui l’arpente. La pièce fait référence aux sondes Voyager I & II, envoyées dans l’espace pour l’explorer. Elles contenaient un disque gravé d’informations sur notre planète, ainsi qu’un disque de musiques et de sons humains.
Lyes Hammadouche inclut d’ailleurs le son dans son oeuvre puisque « Murmure de miroirs » repose sur une caisse de résonance qui diffuse le bruit incessant du diamant rayant la surface du miroir. On pense à une prière bouddhique ou à une interférence qui résonne sous la voûte de la sacristie.

Pour finir, l’oeuvre « CMB » est paradoxale: son utilité semble dérisoire par rapport à la technicité employée pour la réaliser. A chaque minute passée, cette machine frappe le sol avec un rondin de bois, donnant un rythme à l’exposition et évoquant l’idée d’hypnose qui a inspiré l’artiste.
« Tout est parti d’une colonne, carte blanche à Lyes Hammadouche », exposition organisée par Gaël Charbau, jusqu’au 5 Juillet 2015 au Collège des Bernardins (20 rue de Poissy 75005 Paris)
Samuel Landée