Mao Tao. conceptuel chinois

Mao Tao, série "Home"

Mao Tao, série « Home »

Un style

HOME

Mao Tao, série « Home »

Froid, distant, anti-théâtral. Mao Tao semble s’éloigner de la mise en scène, comme pour mieux embrasser une certaine Ecole de Düsseldorf, à laquelle il fait référence dans la série « Home ». En effet,  ces façades plates, vues comme sur un plan d’architecte sont une citation d’Andreas Gursky le plus digne représentant de l’école de Düsseldorf. Des façades qui rappellent immanquablement un des clichés les plus célèbres de Gursky, « Montparnasse » (1995). Une barre d’immeubles aux lignes parfaitement orthogonales, à en donner le vertige. « Home » copie le maître à un détail près : les clichés sont pris en Chine, d’où l’artiste est originaire.

Absurdism

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série « I don’t know »

Les dysfonctionnements de l’existence obsèdent Mao Tao. Les écrans brouillés, il les tire en photo et les expose, leur donnant une valeur esthétique inédite. Les clignements d’yeux des présentateurs de CCTV, il les fige pour l’éternité. Aveuglement volontaire ? « I don’t know ».

Dans la série « Absurdism », c’est encore  à l’Empire du milieu qu’il s’attaque, ses aberrations architecturales et ses habitants perdus à l’intérieur. Cible facile de l’œil critique de l’artiste, la Chine est écartelée entre désir et cruauté. Le désir, celui des parcs de loisir des années 1990 aujourd’hui  laissés à l’abandon, au profit de plaisirs plus clinquants. La cruauté, celle d’un marché où tout s’achète, sauf le sens de l’existence.

ABSURDISM

Mao Tao, série « Absurdism »

Dust to dust

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Mao Tao, série « Absurdism »

C’est finalement cette quête de sens qui fait œuvre chez Mao Tao, à tel point que son travail s’avère teinté d’une métaphysique curieusement judéo-chrétienne. « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » pourrais dire ce singe christique dans son enclot.

« Poussière, tu redeviendra poussière » pourraient annoncer ces blocs de terre cuite. Elles sont pourtant muettes comme une gravure de mode. « Age18/180cm/46kg » les blocs ont les mêmes mensurations que Simona Andrejic, le top-model qui les a inspiré : 18 cubes de 46 kg au total alignées sur 1,80m.

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« Dust to dust »

« Dust to dust », telle est également la leçon de cette série de feux d’artifices photographiés en retard, lorsque les flammes s’étiolent dans la nuit. La vie, un instant furtif avant de disparaitre. Et après ?

Disparitions

Après il y a les traces, la mémoire, les fantômes. C’est Google Earth qui se charge de les photographier, et Mao Tao les cherche sur son ordinateur, au détour du Trocadéro ou sur le parvis de Beaubourg. Un écho particulier au culte chinois des ancêtres. Les images de ce « Ghost Project » seraient-elle les preuves d’un au-delà ? Ou juste les failles techniques de Google, dans lesquelles s’infiltre la crédulité humaine ?

Il y aurait tant à dire sur cet artiste de génie. Pour conclure malgré tout, abordons « Fluide », l’exemple parfait de cette synthèse de deux mondes qu’opère l’artiste. Des images décalquées, ou transférées sur un mur blanc. On n’en voit plus que le reliquat, comme une sainte face sur quelque linceul. Des clichés pourtant simples, portraits, souvenirs, photos de famille de l’artiste, peut-être. En les récupérant, comme il récupérait celles de Google, Mao Tao procède du non-agir, concept philosophique chinois. Il montre que l’art ne réside plus dans l’exécution mais dans l’intention de l’artiste, et plus encore dans celle du spectateur.

FLUIDE

Mao Tao, série « Fluide », vue d’une exposition

 

Samuel Landée

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