Sport et Culture : deux aspects du Soft-Power

Les JO d’hiver de Pyeongchang ont été au cœur de l’actualité diplomatique des mois précédents. La coupe du monde de football qui se tiendra en Russie cet été sera également un événement majeur de relations internationales, après que l’empoisonnement d’un transfuge russe sur le sol anglais ait réveillé le spectre de la Guerre froide. Tout se passe comme si la politique reprenait possession du sport, aux dépends des organisations sportives internationales, comme le CIO.

Il faut pourtant rappeler que le sport a toujours été utilisé à des fins de contrôle politique intérieur (« du pain et des jeux ») ou de démonstration de puissance vers l’extérieur, comme lors des JO de 1936. C’est un élément incontournable d’influence au même titre que la culture. Mais dans la stratégie de Soft-Power des états, le sport et la culture sont mobilisés selon des modalités différentes. Sport et Culture : deux outils politiques, deux messages différents.

Le mythique travelling de Leni Riefenstahl, mettant en scène la flamme olympique des Jeux de 1936. Dans son documentaire « Les Dieux du stade », la cinéaste place les techniques les plus avancées du cinéma de l’époque au service de la propagande du totalitarisme.

La diplomatie culturelle : le modèle du rayonnement humaniste.

Le rayonnement culturel se base sur l’idée de séduction : il s’agit de gagner les cœurs des populations, les attirer à nous. C’est ce à quoi la France travaille activement grâce à son vaste réseau culturel à travers le monde. Les Etats-Unis également, d’une façon moins institutionnelle a su susciter le rêve des immigrés qui sont venus peupler le pays. Le rayonnement culturel est le moyen d’influence le moins conflictuel, le plus « soft », et qui offre un retour sur investissement considérable : promouvoir l’art, le tourisme, la littérature est beaucoup moins coûteux que de se lancer dans des projets pharaoniques de construction de stades olympiques, ou encore d’entrainer des sportifs de haut niveau.

 

La diplomatie sportive : l’exaltation de la puissance

Le sport, bien qu’il fasse partie de la « puissance douce » est en fait une mise en scène de conflit. Les compétitions sportives sont des simulacres de guerre. Dans l’Antiquité grecque, les Jeux Olympiques mettaient en valeur la force des héros, leur courage, leur endurance, autant de valeurs martiales qui sont encore présentes dans les compétitions d’aujourd’hui. Ce n’est donc pas un hasard si le sport est devenu l’instrument privilégié des états en quête de restauration de puissance :

La Chine et son obsession des médailles d’or souhaite afficher sa puissance retrouvée et effacer ainsi l’humiliation du siècle précédent, quand on la surnommait « l’homme malade de l’Asie ».

La Russie du Président Poutine, fantasme sur la gloire tsariste d’antan et met tout en œuvre pour exalter la fierté de ses athlètes (allant même jusqu’à dépasser les règles du jeu).

Dans ces deux pays, la mise en avant des valeurs sportives peut être mise en parallèle avec la démonstration militaire, fréquente et grandiose. Il ne s’agit plus de séduire mais d’impressionner, de susciter la crainte. Et l’utilisation du sport répond également à des objectifs internes : dans des régimes autoritaires, la classe dirigeante a sans cesse besoin de prouver sa légitimité. Elle le fait en se présentant comme un repère d’autorité et de stabilité, encourageant le nationalisme par ces démonstrations sportives et militaires.

Sport et Culture sont deux moyens qui, sans être totalement opposés, s’adressent à des publics différents (le sport touche une population plus large), sont l’instrument privilégié de régimes différents (ceux en quête de puissance se tournent plus clairement vers le sport) et véhiculent un message qui n’est pas le même.

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