Taïwan, le Royaume du vélo

Le Miracle taïwanais: C’est le nom que l’on donne à la formidable ascension de cette petite ile au large de la Chine Continentale.

Taïwan a en effet su tirer profit de sa productivité en devenant l’atelier du monde (et notamment celui du cyclisme). Le « made in Taiwan » a envahi l’Europe et les Etats-Unis : à l’origine, des produits bas de gamme à faible cout. Parmi eux, les vélos. De nombreuses marques ont ainsi décidé d’y produire leurs deux roues : CKT, Gir’s pour la France, KTM, Canyon, Bianchi, Colnago à l’étranger (voir la liste complète).

Le "Taipei International Cycle Show", grand-messe du cyclisme
Le “Taipei Cycle Show”, grand-messe du cyclisme

Mais c’est le tournant des 90’s qui a fait de Taiwan l’un des « Quatre dragons asiatiques » : L’île décide de monter en gamme, laissant aux chinois la production de vélos 1er prix. Taïwan investit également dans les technologies, créant un Science Park à Hsinchu que l’on surnomme la Silicon Valley d’Asie. Depuis lors, les industriels et commerçants du sport se pressent chaque année au Taipei International Cycle Show, pour y découvrir les dernières innovations du cyclisme.

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De la production au tourisme

La construction d’une piste cyclable faisant le tour de l’île symbolise un autre tournant : Les taïwanais se mettent en selle.

You-Bike
Lancé en 2009 à Taipei, You-bike s’est étendu à trois autres villes de Taïwan. photo: Epoch Times

Question tourisme, Taïwan a toujours été prisée des étrangers comme des locaux, qu’ils soient sportifs ou bon vivants. Mais la nouvelle tendance, c’est faire le tour de l’île à vélo. Les paysages en valent la peine, mais c’est surtout le réseau de pistes cyclables qui leur garantit sécurité et confort. La capitale, Taipei n’est pas en reste car on y installe en 2009 l’équivalent de nos Vélib’ : You-bike. Un système ultra-flexible qui utilise le même pass que le métro. En bref, Taïwan est en passe de devenir le spot préféré des cyclistes.

Pour avoir un aperçu de Taïwan à vélo, il faut voir le film « The Road in the Air », le premier road-movie taïwanais dit-on :

La culture oubliée du vélo.

pédaler, est-ce bien nouveau à Taïwan ? Ici comme en Chine, l’arrivée des voitures est aussi récente qu’envahissante.

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image d’archive, base de donnée “Taipics

Il n’y a pas si longtemps, les rues de Taipei ressemblaient à ça: des bicyclettes, pousse-pousse et quelques bus arpentaient les rues quasi désertes. Le continent chinois connait la même amnésie face à cette tradition (pensez aux fameux embouteillages pékinois).

le réalisateur Wang Xiaoshuai en a même fait un film: Beijing Bicycle, l’histoire d’un coursier de Pékin.

Quand les artistes s’emparent du vélo

Retour à Taïwan, où les artistes plasticiens ont fait de l’objet vélo un sujet de prédilection. En révélant la simplicité du passé, ils critiquent la course à la consommation de leur pays.

CHIU Chen-Hung est l’un d’eux. Il s’intéresse aux matériaux de rebut. Le ciment tout d’abord, lorsqu’il réalise en 2003 une étrange installation: l’intérieur d’une pièce, quelques objets disposés au sol, le tout recouvert de ciment ressemble à un lieu abandonné, Pompéi moderne. Le matériau est aussi un moyen d’évoquer le monde du travail ouvrier, où les bâches plastiques côtoient les bol, bouteilles, objets de toutes sortes.

Faraway Place, Chiu Chen-Hung, 2009
Chiu Chen-Hung, Faraway Place, , 2009, courtesy of the artist

En 2007 il réalise “Faraway Place”, lors d’une exposition aux Beaux-Arts de Paris. est-ce un tricycle ? Oui si l’on y place un porte-bagage de 7 mètres de long, chargé d’une colline de sable rouge. Dans cette forme évoquant celle de l’île de Taïwan, se cache un dispositif sonore diffusant les paroles de son grand-père racontant son périple de la Chine continentale à Taïwan (comme 2 millions de chinois, il a suivi le parti Kuomintang se repliant vers l’île face aux communistes). “Faraway Place” questionne donc les notions de mémoire et de déplacement, comme celles d’un autre artiste, Hwang Buh-Ching.

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Hwang Buh-Ching, “Memory of Bicycle”, acier, fer, acrylique, 2010, courtesy MOCA Taipei

HWANG Buh-Ching en appelle également aux souvenirs à travers les objets abandonnés, avec lesquels ils crée des objets mystérieux ou monstrueux.

“Memory of Bicycle” est un hommage vibrant à son père. L’artiste construit cette structure où cohabitent absurde et poésie pour se remémorer une enfance simple et rude. La bicyclette était alors le seul moyen de transport, le seul gagne-pain de sa famille. Hwang Buh-Ching ne s’en tient pas à un témoignage misérabiliste, et l’œuvre n’a de sens que pour lui-même. Vis à vis du spectateur, la sculpture rouillée et tordue fait résonner mélancolie et nostalgie.

Samuel Landée