The Spaceless Gallery, galerie itinérante de Béatrice Masi

Béatrice Masi, fondatrice de The Spaceless Gallery. Courtesy The Spaceless Gallery
Pour débuter notre série de reportages sur les modèles de galeries atypiques, nous sommes allés à la rencontre de Béatrice Masi, fondatrice de cette “galerie sans espace”.

Galeriste à 23 ans

Cela fait bientôt 1 an que Béatrice Masi a lancé sa galerie, alors âgée de 23 ans, avec un handicap : elle n’est pas issue du milieu de l’art.
Alors, où as-tu trouvé des collectionneurs, je lui demande ? « J’avais quand même un réseau personnel, des gens qui ne sont pas dans l’art mais souhaitent commencer à collectionner. Et puis les artistes ont aussi leur fanclub qu’ils amènent aux expositions. »

Qu’est-ce qui définit une galerie ?

« Je me suis posée cette question en débutant. En fait, le galeriste est comme un agent, il promeut et accompagne ses artistes, avec en plus la nécessité d’exposer leur travail. Mais cette activité ne demande pas de lieu permanent. » D’ailleurs, l’absence d’espace fixe permet de se libérer de certaines contraintes et de l’ennui de rester bloqué dans sa galerie : « c’était un repoussoir pour moi, lorsque j’étudiais l’histoire de l’art ».

Vue de l’expo “Space(less)” qui s’est tenue en octobre 2019. Photo: Quentin Chevrier. Courtesy The Spaceless Gallery.
Foulard en soie de Noémie Lacroix, artiste représentée par la galerie.

Mais ne pas avoir de lieu impose un effort de visibilité constant. Béatrice l’a bien compris, hyperactive, elle vient à peine de terminer une exposition rue Saint Claude, qu’elle prépare déjà deux foires d’art, un salon d’horticulture et une commande pour la Villa d’Eaux : des tentures en soie de Noémie Lacroix pour orner le patio de ce charmant hôtel de Villers-sur-mer. « C’est une artiste dont le travail peut s’adapter aux univers de la mode et de la décoration, regarde ! ». Elle sort une étole d’un raffinement extrême de son sac. Avec ses 9 artistes représentés, la Spaceless Gallery ne craint pas de franchir les frontières entre les disciplines. « C’est une galerie sans limites physiques ou mentales, je n’ai pas peur d’aller vers l’artisanat, ou de m’associer avec des marques. »

Blott Kerr Wilson, “Asses ears”, Installation murale réalisée sur commande pour l’hôtel Headland. Courtesy: The Spaceless Gallery.

Une galerie boundless en plus d’être spaceless.

Pour illustrer cela, elle nous a donné rendez-vous chez un fleuriste – et non des moindres – Stéphane Chapelle, chez lequel elle a installé plusieurs pièces de Hugh Findletar. Lorsque cet artiste a vécu à Venise, en 2008, il a découvert le verre de Murano et a décidé d’utiliser ce matériau. Il s’est associé au souffleur de verre Oscar Zanetti pour réaliser plusieurs œuvres, dont ces grands vases à effigies féminines. « Elles ont toutes un nom et une personnalité » m’annonce Béatrice. « Je te présente Miss Rosita ». Miss Rosita est visiblement une grande dame, très élégante, dont les détails sont faits de pâte de verre mêlée à des fils d’or, d’argent ou de cuivre. Je rencontre ensuite la mine boudeuse de « Miss Camille », d’un jaune presque fluo et aux cheveux bleus, « elle est assez punk » me confie Béatrice.

Trois vases en verre de Murano conçus par Hugh Findletar. Courtesy The Spaceless Gallery.

À la frontière entre design et art contemporain, Béatrice assume une vision décomplexée du marché de l’art : « l’art conceptuel que personne ne comprend ne m’intéresse pas ». Quitte à basculer dans les arts décoratifs ? « Oui, j’assume ma quête du Beau, c’est un critère essentiel dans le choix des artistes. Il y a aussi le savoir-faire que l’artiste maîtrise, ce qui donne de la valeur et du sens à son travail ».

Vue de l’exposition “Gardens of the mind” (Aout 2019), orientée vers l’artisanat et les matières précieuses. Courtesy: The Spaceless Gallery

La jeune galeriste est ravie de pouvoir exposer dans ce genre de lieux atypiques, une liberté que permet finalement l’absence de lieu permanent. Une galerie sans espace mais pas sans talents.

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