Biennale de Lyon: changement d’échelle

Chou Yu-Cheng, Goods, Acceleration, Package, Express, Convenience, Borrow, Digestion, Regeneration, PAPREC Group, 2019.

« Là où les eaux se mêlent », un titre qui fait « écho à la géographie lyonnaise » (à Lyon, l’eau du Rhône se mêle à celle de la Saône), mais aussi une allusion au nouveau visage qu’affiche la métropole lyonnaise, symbolisé par le quartier de la Confluence et son musée-étendard. Un territoire où l’industrie a cédé la place à la culture, c’est justement le thème de la 15ème Biennale d’Art Contemporain de Lyon : le « glissement » vers un monde post-industriel. Quoi de plus emblématique alors que d’exposer dans les anciennes usines Fagor. Cet espace investi pour la première fois par la Biennale est l’occasion de présenter des œuvres monumentales réalisées in-situ.

Un monde de machines

La pièce emblématique de l’exposition, « Knotworm » de Sam Keogh, est une gigantesque tête foreuse de tunnels, entourée de guirlandes et de dessins représentants des espèces de plantes ou d’animaux invasifs : plantes perceuses de béton, mollusques rongeurs de coques de bateaux. Des métaphores de la capacité de destruction de L’humain lui-même. Il s’agit donc d’une épave, réinvestie par une vie bricolée à la manière d’un campement de fortune. Une machine géante, relique d’un passé de progrès et de modernité, gisant dans ce squat post-moderne.

Sam Keogh, Knotworm, 2019, Biennale de Lyon.

Nico Vascellari s’intéresse aux références animales dans l’univers automobile, partant du lion de Peugeot. Il transpose ces métaphores en greffant des animaux empaillés sur les capots de voitures. Il met ensuite en scène ces véhicules qui se comportent comme les animaux en question, des loups en chasse ou des cerfs en rut se battant en duel. Cela produit un effet absurde qui se retrouve dans les sculptures d’animaux posés sur des socles-moteurs.

Nico Vascellari, Horse Power, 2019.

Les artistes exposés savent introduire un peu de poésie dans l’environnement mécanique des usines Fagor. C’est le cas de Fernando Palma Rodriguez, qui réinterprète l’imagerie précolombienne en suspendant des robes d’enfants pour composer la constellation d’Orion. Les petits costumes colorés montent et descendent, accompagnés par un bruit mécanique, devenant presque fantastique.

Fernando Palma Rodriguez, Tetzahuitl, 2019, Biennale de Lyon.

Entremêlements, mutations, circulations

« Là où les eaux se mêlent » pourrait aussi être l’autre titre d’une installation l’artiste coréenne Minouk Lim. Une dalle de béton est sillonnée de coulées de lave en fusion ou de rivières phosphorescentes. Le courant emporte doucement une bille de flipper géante. Scène géologique ou anthropocénique dont le mystère reste entier.

Même mystère pour la sculpture gonflée de Leonard Martin. L’immense masse blanche semble se transformer selon les angles de vue, faisant émerger des références artistiques assumées (Paolo Uccello) ou imaginables par le spectateur (sculptures de marbre du Bernin, peintures surréalistes de Dali).

En fin d’exposition, la londonienne Holly Hendry présente un labyrinthe sans queue ni tête de tuyaux métalliques, passants les uns sur les autres. Des extrémités ressortent des couches superposées de béton ou de matériaux inconnus, emprisonnant des objets simplifiés (clous, arêtes de poissons). Un véritable dédale intestinal géant, teinté d’un certain humour.

Holly Hendry, Deep Soil Thrombosis, 2019, Biennale de Lyon (ci-dessous: détails).
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